Les Zones Clés pour la Biodiversité (KBA) sont des « sites qui contribuent de manière significative à la persistance de la biodiversité mondiale » dans les écosystèmes terrestres, d’eau douce, et marins.

Un standard mondial pour identifier de tels sites a été adopté à la suite d’une vaste consultation par le conseil de l’UICN, incluant des critères précis et des seuils quantitatifs centrés sur cinq aspects:

  1. Biodiversité menacée;
  2. Biodiversité géographiquement restreinte;
  3. Intégrité écologique;
  4. Processus biologiques, et
  5. L’irremplaçabilité par l’analyse quantitative.
Des Zones Clés pour la Biodiversité peuvent être identifiées pour tous les taxons, tout comme les écosystèmes en environnements terrestres et les environnements d’eaux intérieures ou marines. Bien que les critères KBA ne soient pas pertinents pour tous les éléments de la biodiversité, les seuils associés à chacun des critères sont conçus pour s’appliquer de manière cohérente à tous les groupes taxonomiques (hormis les micro-organismes) et tous les écosystèmes. La diversité génétique peut également être abordée moyennant une information suffisante pour évaluer cet aspect de la diversité. Au Canada, nous développons une adaptation nationale du standard KBA qui comprendra sans doute aussi des unités désignables (c.-à-d. une désignation canadienne qui comprend les espèces, les sous-espèces, les variétés et les populations géographiquement ou génétiquement distinctes qui peuvent être évaluées par le COSEPAC, où de telles unités sont à la fois discrètes et importantes pour l’évolution – voir ici pour en savoir plus).
Il existe beaucoup d’approches différentes pour identifier les sites importants pour la biodiversité, mais elles se limitent en général à certains éléments, comme Les Zones Importantes pour les Papillons, les Zones Importantes pour les Plantes, les sites de l’Alliance pour l’Extinction Zéro, les Zones Importantes pour les Amphibiens et les reptiles, les Zones importantes pour la Conservation des Oiseaux et de la Biodiversité (ZICO) (IBA Canada), et d’autres. En 2012, les membres de l’UICN ont demandé que l’UICN mette en œuvre un processus consultatif mondial qui consolide ces éléments dans un standard pour les Zones Clés pour la Biodiversité. Ce standard, lancé au Congrès mondial de la nature de 2016, se fonde sur plus de 40 ans d’expérience dans l’identification de sites importants pour différents sous-ensembles taxonomiques, écologiques ou thématiques de la biodiversité, en particulier les Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux et de la Biodiversité de BirdLife International, mais aussi les Sites de l’Alliance pour l’Extinction Zéro et beaucoup d’autres. Le Standard KBA fournit un cadre général commun pour harmoniser ces approches, en plus d’une « devise » commune pour la conservation des sites. Il forme un système pouvant être appliqué de manière cohérente et reproductible par différents utilisateurs au fil du temps, aidant à assurer que l’identification des KBA est objective, transparente et rigoureuse conformément à l’application de seuils quantitatifs.

Les autres approches qui incorporent des taxons multiples, comme l’approche des points névralgiques ou points chauds (« hotspots »), sont souvent appliquées à des échelles beaucoup plus grandes. Les KBA sont à l’« échelle du site », où chacune devrait présenter une unité gérable unique, et sont donc très différentes des points chauds, des écorégions, des régions sauvages et des Zones Marines d’Importance Écologique ou Biologique (ZIEBs : EBSAs en anglais), identifiées sur de plus vastes échelles. Aussi, le développement des KBA se base uniquement sur des critères écologiques quantitatifs (contrairement, par exemple, aux ZIEB ou aux zones de Haute Valeur pour la Conservation [HCV], qui peuvent inclure des justifications qualitatives). L’identification de KBA peut contribuer à des processus de planification et d’autres désignations, comme les ZIEB, les zones de patrimoine mondial, les sites Ramsar, etc.

Veuillez consulter l’article « Synergies between the key biodiversity area and systematic conservation planning approaches », où les auteurs indiquent que les approches systématiques en planification de la conservation et les Zones Clés pour la Biodiversité sont les deux approches les plus largement utilisées dans l’identification des sites importants pour la biodiversité, et qu’elles sont très complémentaires. L’article fournit également des suggestions sur la manière de combiner ces deux approches.
Utiliser les Zones Clés pour la Biodiversité peut façonner une grande variété d’approches en conservation. Voir ici pour une évaluation de ses mises en pratique par ses utilisateurs finaux. Certains de ces usages sont énumérés ci-dessous.

(adapté de l’article technique de la WWF : The relationship between Key Biodiversity Areas and other designations, 2017) :

Contribuer à l’identification de sites prioritaires pour une protection légale

  • Orienter la gestion des aires protégées et les « autres mesures de conservation efficaces par zone » (AMCEZ) : Les renseignements et les données sur les composantes biodiversitaires d’une KBA peuvent aider à orienter la prise de décision en matière de gestion et d’utilisation durable des aires protégées désignées par la loi ou d’autres mécanismes de conservation basés sur les sites ou effectifs par zone (p.ex. zones privées protégées, réserves autochtones, servitudes de conservation, etc.).
  • Soutenir les prises de décision du secteur privé : ex. gestion du risque, contribuer aux évaluations des impacts sur l’environnement et aux évaluations environnementales stratégiques, etc. Notons que les KBA ne se destinent pas à être des « zones interdites », même si l’adoption de mesures spéciales sera encouragée auprès des entreprises afin de réduire les impacts environnementaux sur les KBA. Orienter les investissements : permettre aux donateurs de s’assurer que les fonds de conservation sont dirigés vers les lieux les plus importants pour la persistance globale de la biodiversité. De plus, les KBA peuvent éclairer et éclairent les mesures de protection de l’environnement par les institutions financières internationales, en tant qu’habitats critiques et d’autres catégories similaires (p. ex. la Norme de performance 6 de la Société financière internationale).
  • Contribuer à la planification de l’utilisation des terres et de la mer : Les KBA peuvent servir à la planification de l’utilisation des terres et de la mer à plusieurs niveaux, en tant que zones de haute valeur de conservation où certains genres d’activités telles que la préservation et l’utilisation durable devraient être encouragés.
  • Renseigner les industries extractives et d’autres secteurs : Les KBA peuvent aussi s’intégrer aux mesures législatives, mécanismes de régulation, standards ou systèmes de certification des secteurs de production concernés (p. ex. infrastructure linéaire, foresterie, agriculture, et exploitation minière).
  • Porter l’attention sur le travail des ONG internationales, nationales et locales : en tant que sites qui contribuent de manière significative à la persistance globale de la biodiversité, les KBA peuvent être utiles à l’instauration des priorités des ONG.
  • Apporter plus de reconnaissance aux sites auxquels manque la reconnaissance des gouvernements et d’autres, p. ex. les aires de conservation autochtones et communautaires, les couloirs de terre non protégée qui apportent des échanges génétiques cruciaux entre les zones protégées, etc.
Les sites identifiés comme des KBA ne reçoivent pas automatiquement de protection légale. En pratique, les KBA seront souvent utiles pour façonner la désignation d’aires protégées, et plusieurs aires protégées se qualifient comme des KBA. L’approche KBA offre pour les gouvernements, les propriétaires privés et les communautés locales et autochtones une manière rigoureuse et quantitative de sélectionner les sites les plus importants à administrer, à régir de quelque manière, ou à éviter dans les développements de projets, afin que ces zones continuent de contribuer à la persistance globale de la biodiversité.

Il est important de rappeler qu’une protection formelle n’est pas toujours appropriée ou désirable pour toutes les KBA. Des KBA peuvent se qualifier comme des AMCEZ (OECM) — comme d’« autres mesures de conservation efficaces par zone » d’après l’objectif 11 d’Aichi — ou peuvent être administrées comme des aires protégées et de conservation autochtones (APCA). Dans les régions où des peuples vivent depuis des millénaires, l’intendance et les activités des communautés autochtones (incluant l’exploitation) sont des facteurs probablement importants pour lesquels ces régions aujourd’hui peuvent être qualifiées de Zones Clés pour la Biodiversité.

Il n’y a pas de limites de taille pour une KBA. La taille d’une KBA dépend des besoins écologiques des éléments de biodiversité qui ont suscité sa désignation, et de la prise en compte de la « gérabilité » du site. Les sites identifiés pour leur intégrité écologique élevée sont en moyenne plus grands que les sites identifiés selon d’autres critères KBA (tels que la présence d’une espèce en péril), tout comme les sites situés en pleine mer comparativement aux sites terrestres. Le standard KBA définit un « site » comme étant : « une zone géographique sur la terre et/ou dans l’eau avec des frontières écologiques, physiques, administratives ou de gestion, qui est réellement ou potentiellement gérable en tant qu’entité unique (par exemple une aire protégée ou une autre unité de la gestion de la conservation). »
Le partenariat KBA inclut onze des organisations en conservation de la nature les plus importantes au monde et est organisé en plusieurs comités et groupes de travail coordonnés par l’entremise d’un secrétariat. Pour en savoir plus, consulter (en anglais) : www.keybiodiversityareas.org/kba-partners
Des directives détaillées pour la mise en application du standard KBA se trouvent (en anglais) ici. Ces directives se destinent à être revues sur une base régulière par le comité KBA des normes et des appels (KBA Standards and Appeals Committee) www.keybiodiversityareas.org/kba-partnership/kba-standards-and-appeals-committee en collaboration avec le Groupe de travail technique www.keybiodiversityareas.org/kba-partnership/kba-technical-working-group.

Voici quelques-unes de ses étapes principales :

  1. Des éléments de biodiversité qui pourraient entraîner une KBA sont identifiés (tels qu’un écosystème en péril ou un vaste regroupement d’espèces).
  2. Un site de base qui capture en lui les éléments biodiversitaires est identifié.
  3. Une analyse est menée pour indiquer si les seuils sont atteints pour délimiter une KBA (p. ex. si le site capture plus de 5 % du type écosystémique en péril : consulter la liste des seuils ici).
  4. La délimitation s’effectue selon les directives suggérées et devrait s’appuyer sur tous les sites de conservation existants à proximité.
  5. Tout site proposé doit faire l’objet d’une analyse scientifique indépendante. Ceci précède la nomination officielle du site avec toute l’information conforme aux Normes de documentation pour les KBA. Les sites reconnus en tant que KBA par le Secrétariat KBA paraissent ensuite sur le site Web mondial des KBA.

Noter que toutes les étapes devraient être complétées en consultation avec les collectivités, organisations, gouvernements et experts concernés. Advenant l’identification de sites multiples, un exercice de cadrage pour cartographier des sites potentiels selon plusieurs critères et taxons est recommandé.

Les documents principaux qui expliquent la méthodologie des Zones Clés pour la Biodiversité sont disponibles sur le site Web mondial des KBA (www.keybiodiversityareas.org/publications, p. ex. le Standard KBA en soi, ainsi que des directives pour son exécution). Une explication concise des directives et standards KBA se trouve en forme de webinaire ici : www.youtube.com/watch?v=FdyuIdmapE8, et des contenus de formation adressés au Canada sont en préparation.
En ligne, la « Banque de données mondiale sur les Zones Clés pour la Biodiversité » (World Database of Key Biodiversity Areas : www.keybiodiversityareas.org/home) comprend une carte interactive de toutes les KBA, avec des liens informatifs pour chacune d’elles.
Le processus d’identification d’une KBA, très inclusif, consultatif et ascendant, permet à quiconque dispose des données scientifiques appropriées de proposer un site à qualifier de KBA, bien qu’une consultation doive avoir lieu à l’échelle nationale avec les parties prenantes (organisations tant gouvernementales que non gouvernementales) à cette étape de la délimitation. Toutes les recommandations doivent faire l’objet d’un examen scientifique indépendant. Ceci précède la nomination officielle du site avec toute l’information conforme aux Normes de documentation pour les KBA. Les sites reconnus en tant que KBA par le Secrétariat KBA paraissent ensuite sur le site Web mondial des KBA. Il est prévu qu’un Groupe de coordination nationale (National Coordination Group) coordonne le travail dans chaque pays. Comme le Canada dispose d’un groupe de coordination national, la Coalition KBA canadienne, les sites proposés doivent lui être envoyés pour une première évaluation à l’échelle nationale avant d’être présentés au Secrétariat KBA mondial. L’Afrique du Sud, l’Ouganda et le Mozambique font partie des autres pays qui mettent en place des groupes de coordination nationaux.
Le Standard des Zones Clés pour la Biodiversité vient à point pour le Canada depuis que le gouvernement fédéral s’est engagé à atteindre l’objectif 11 d’Aichi de la Convention sur la diversité biologique[1]. Le gouvernement fédéral a lancé le processus « En route vers l’objectif 1 du Canada » en 2017 pour réaliser la composante terrestre de cet objectif. Le Comité directeur national d’« En route vers l’objectif 1 », qui comprend les organismes nationaux, provinciaux et territoriaux responsables de mettre en œuvre le processus de l’initiative En route, reconnaît que leur objectif cible d’un taux de 17 p cent de zones terrestres protégées ne suffit pas en tant que tel, et que les éléments quantitatifs pour accomplir cette ambition, à savoir « les aires importantes pour la biodiversité et les services écosystémiques, » sont indispensables à cet exercice[2].

Dans son rapport de mars 2018, le Comité consultatif national multipartite d’« En route vers l’objectif 1 » a explicitement recommandé l’identification de Zones Clés pour la Biodiversité nationales et mondiales au Canada comme fondamentale pour répondre à ces composantes qualitatives[3], et l’initiative KBA canadienne réagit directement à cette sensibilisation accrue au fait qu’identifier les Zones Clés pour la Biodiversité constitue une étape cruciale pour l’établissement de nouvelles aires protégées qui protègeront efficacement la biodiversité. L’occasion est grande pour le Canada d’améliorer nos capacités de cibler les bons endroits afin de préserver notre patrimoine naturel.

Une coalition d’ONG, de gouvernements, d’universités et d’autres organismes s’est regroupée pour diriger l’identification des Zones Clés pour la Biodiversité au Canada, mobilisant de l’expertise en biodiversité (p. ex. des spécialistes de la taxonomie et des écosystèmes), incluant des chercheurs et des corps scientifiques (p. ex. le COSEPAC) de partout au Canada. Les membres de la Coalition KBA canadienne et de son Comité de gestion sont inscrits sur le site Web canadien de KBA (www.kbacanada.org/fr/membres/). Le secrétariat de la Coalition est hébergé à WCS Canada et toutes les demandes de renseignement peuvent être adressées ici.
Il y a un nombre important de KBA existantes, comprenant plusieurs Zones Importantes pour la Conservation des Oiseaux et de la Biodiversité du Canada (www.ibacanada.com/?lang=fr) et deux sites de l’Alliance pour l’Extinction Zéro (zeroextinction.org/site-identification/2018-global-aze-map/). Alors que les sites AZE se qualifient automatiquement comme KBA, toutes les ZICO seront réévaluées d’après de nouveaux critères KBA. L’expérience d’Études d’Oiseaux Canada afin d’identifier, délimiter et assurer l’intendance des ZICO constituera une fondation importante au développement de KBA.
Le terme de « Zone Clé pour la Biodiversité » concerne des sites identifiés d’après le Standard KBA mondial qui contribue à la persistance globale de la biodiversité. Cependant, ces sites ne saisissent pas toujours toutes les priorités régionales ou nationales. Par exemple, un écosystème peut être rare ou menacé dans un pays, mais se révéler plus courant à l’échelle mondiale. Dans ce cas, ce pays pourrait ne pas inclure de site qui se qualifie de KBA mondiale. Une version nationale ou régionale du standard KBA portera son attention sur les espèces et écosystèmes qui entraînent les critères KBA à l’échelle de ce pays ou cette région. Par exemple, pour entraîner certains critères, au lieu d’utiliser les espèces classées par l’UICN comme en péril à l’échelle mondiale, une adaptation canadienne du Standard KBA est développée et testée pour s’ajuster aux espèces à risque identifiées par COSEPAC. Toutes les KBA en résultant seront identifiées comme KBA d’échelle nationale.
L’initiative KBA canadienne reçoit toute personne ayant un intérêt dans l’identification et la délimitation de sites d’après les critères KBA. Consultez le site canadien de KBA (http://www.kbacanada.org/) pour en savoir plus sur les manières de participer, ou communiquez avec le Secrétariat à WCS Canada pour plus d’informations.

[1] L’objectif 11 d’Aichi spécifie que « d’ici 2020, au moins 17 % des zones terrestres et d’eaux intérieures et 10 % des zones côtières et marines, y compris les zones qui sont particulièrement importantes pour la diversité biologique et les services fournis par les écosystèmes, sont conservées au moyens de réseaux écologiquement représentatifs et bien reliés d’aires protégées gérées efficacement et équitablement et d’autres mesures de conservation effectives par zones, et intégrées dans l’ensemble du paysage terrestre et marin. »

[2]https://static1.squarespace.com/static/57e007452e69cf9a7af0a033/t/5c6b0c49ec212d75453bba98/1550519371801/Pathway-Report-Final-EN.pdf, p.32

[3]https://static1.squarespace.com/static/57e007452e69cf9a7af0a033/t/5b23dd26f950b7dedb8c0685/1529077043458/NAP_REPORT_jun12_FR_acc.pdf, recommandation 13